Silvio Berlusconi ne se repose pas : à 85 ans, il veut être le chef de l’État italien

À 85 ans, le triple président du Conseil italien Silvio Berlusconi joue cartes sur table pour réaliser sa dernière et plus grande ambition, être élu chef de l’État. C’est pourquoi il recherche secrètement et par téléphone des soutiens parmi les partis politiques et déploie une offensive médiatique.

Son intention, jamais rendue officielle mais subtilement évoquée, était jusqu’à récemment considérée presque comme une blague, comme la dernière idée d’un vieil homme au crépuscule de sa vie politique, mais Berlusconi ne renonce pas et aujourd’hui il réunira ses associés pour resserrer les rangs autour de lui. Le 24 janvier, le Parlement italien se réunira en session conjointe pour élire le successeur de l’actuel président de la République, Sergio Mattarella, pour les sept prochaines années.

Et tous les efforts du magnat, qui semble avoir mis ses problèmes cardiaques derrière lui, visent à rassembler les voix qui lui permettront de remporter ce vote et de s’installer au palais du Quirinal, le siège de la présidence : « Sa candidature existe et est très sérieuse. Je connais des parlementaires, certains de notre groupe, qui ont reçu un appel de Berlusconi », a prévenu Enrico Letta, chef du Parti démocratique (PD), le principal parti de centre-gauche du pays.

L’élection du président donne généralement lieu, tous les sept ans, à une lutte politique acharnée qui ne peut être réglée que par un rapprochement entre la gauche et la droite, car elle nécessite un vote aux deux tiers ou une majorité absolue au quatrième tour de scrutin, des chiffres qu’aucun des deux blocs ne possède actuellement à lui seul.

Berlusconi, dont le bilan est jalonné de scandales, de délits et de condamnations, est conscient que son éventuelle nomination ne sera pas bien accueillie par ses rivaux, le PD et le Mouvement 5 étoiles (M5S), entre autres. Mais il sait qu’il peut compter sur un bon nombre de voix de ses partenaires de coalition : les extrémistes Matteo Salvini et Giorgia Meloni, leaders de la Ligue et des Frères d’Italie, respectivement, et d’autres petites formations conservatrices.

Ses chances se préciseraient à partir du quatrième tour de scrutin, lorsqu’une majorité absolue au Parlement suffira à élire le chef de l’État, soit 505 voix sur les 1 008 « grands électeurs » appelés. Pour l’instant, sur le papier, il dispose d’environ 450 voix : 127 députés de son parti, Forza Italia, 197 de la Ligue, 68 du parti de Meloni, quelques dizaines de formations centristes et conservatrices et 33 délégués régionaux.

Recherche de soutien

Comme il est à court de voix, ses proches affirment que Berlusconi téléphone aux députés et sénateurs des autres partis politiques depuis son manoir romain, Villa Grande, pour tenter de les rallier à sa cause et d’obtenir leur soutien, comme l’a prévenu Letta. Et pour cela, il bénéficie de l’aide du député et historien de l’art Vittorio Sgarbi, comme il l’a lui-même reconnu.

Mais l’homme politique sait qu’au Parlement italien, il y a toujours un étang où pêcher : le groupe mixte hétérogène, où se retrouvent les petites formations sans banc, mais aussi les innombrables transfuges qui prédominent dans la législature.

Le groupe rassemble 48 sénateurs et 65 députés, et nombre d’entre eux se retrouveraient sans pension si les élections étaient avancées, ce qui pourrait se produire si l’autre grand nom évoqué, le Premier ministre Mario Draghi, était élu président. La sénatrice Bianca Laura Granato, qui a rejoint le parti mixte après avoir quitté le M5S et qui a raconté à la radio publique comment le magnat l’a sondée de l’autre côté de la ligne, fait partie de ceux qui ont été « gratifiés » de l’appel de Berlusconi.

Campagne médiatique

Berlusconi se tourne également vers son emporium médiatique et jeudi dernier, le journal « Il Giornale » a publié une page intitulée « Qui est Silvio Berlusconi ? » pour rappeler ses prétendues réalisations commerciales et politiques. L’entrée commence par affirmer qu’il est « une personne bonne et généreuse », « père de cinq enfants et grand-père de quinze petits-enfants », « l’ami de tous et l’ennemi de personne » et « l’un des plus gros contribuables italiens » en raison de sa galaxie d’affaires.

Passons à des « réalisations » moins banales : « fondateur du centre-droit libéral, chrétien et pro-européen », « héros de la liberté » et sa préférée, celle qu’il manie habituellement dès qu’il le peut : qu’on se souvienne de lui comme étant ni plus ni moins que le responsable de la fin de la guerre froide en réunissant le président américain de l’époque, George W. Bush, et le Russe Vladimir Poutine, son ami, en 2002.

« Alors, qui de mieux que lui ? », conclut le journal, complétant un rêve avec lequel l' »alligator », l’homme politique le plus controversé de l’histoire démocratique du pays, veut couronner sa vie et son œuvre, conscient qu’il s’agit de sa dernière chance, puisqu’il aurait déjà 92 ans lors du prochain conclave présidentiel, si la vie le lui permet.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.